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A qui la faute si les femmes ne font pas d’aussi belles carrières que les hommes ?

Publié le 07 mars 2022 par NEOMA

  • Insights
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Autocensure, stéréotypes de genre, poids social, etc., Hédia Zannad, professeure à NEOMA, nous donne des éléments de réflexion sur les raisons qui peuvent pousser les femmes à faire des choix de carrières moins ambitieux que ceux des hommes.

Plafond de verre ou … ?

Lorsque Rémy Pflimlin, l’ancien président de France Télévisions, a proposé à Maryse Burgot de devenir sa directrice adjointe, elle a décliné son offre. « Vous voyez bien que le plafond de verre n’existe pas » s’est-il alors écrié ! Alors, à qui la faute si les femmes ne font pas d’aussi belles carrières que les hommes ?

Au fameux plafond de verre, lié à de nombreux facteurs tels que la discrimination de genre, l’absence de politiques de conciliation vie privée/ vie professionnelle ou celle de modèles féminins de réussite ?

A l’absence (réelle ou supposée) de motivation des femmes pour le pouvoir ?

Ou à la fameuse auto-censure, c’est-à-dire l’intériorisation de stéréotypes qui conduit les femmes à remettre en question leurs compétences et leur efficacité ?

Interrogée sur les raisons de ce refus, la brillante journaliste a répondu qu’elle se devait de s’occuper de ses enfants devenus adolescents qu’elle avait déjà beaucoup « sacrifiés » par le passé, en menant une carrière outre-Atlantique. A quoi elle a ajouté, « Mon mari, qui travaille également pour France Télévisions, n’a pas compris ma décision car lui aurait accepté, dans les mêmes conditions, de devenir N°2 du groupe. ».

Alors, est-ce vraiment la responsabilité de Maryse Burgot, et, plus généralement des femmes, s’il existe des inégalités professionnelles ? Ou celle de normes culturelles de genre tellement intériorisées que, dotés de compétences équivalentes et mis exactement devant les mêmes propositions, un homme et une femme font rarement des choix ayant le même niveau d’ambition ?

Qu’est-ce que l’autocensure professionnelle ?

Les textes évoquant la notion d’autocensure professionnelle chez les femmes la décrivent comme un processus complexe et insidieux, qui débute dès l’école, pour produire des effets des années après sur les décisions d’orientation – les hommes deviennent ingénieurs et les femmes magistrates – puis sur leurs choix professionnels et de carrière (les postes à responsabilité sont concentrés dans les mains des hommes).

Mais de quoi parle-t-on précisément quand on parle d’autocensure professionnelle et, surtout, quelles en sont les conséquences ?

En s’appuyant à la fois sur les sciences de gestion, d’économie, de sociologie et de psychologie sociale, Borel et Soparnot (2020)1 proposent de l’appréhender comme une réalité à deux composantes : l’autolimitation et le poids de l’autorité. Ce distinguo est intéressant car il permet de déconstruire cette supposée responsabilité des femmes face aux inégalités qu’elles subissent, tout en affermissant le besoin de lutter contre les stéréotypes genrés.

L’autolimitation renvoie au fait que les femmes mésestiment leurs dispositions, en particulier de leadership. Cette évaluation biaisée est à mettre en lien avec leur manque de disponibilité qui, lui, est souvent réel puisque les deux tiers des tâches domestiques et parentales leur incombent. Les stéréotypes véhiculés par la société (chez les hommes, l’ambition rime avec force et courage, chez les femmes avec carriérisme et égoïsme), et le sentiment de culpabilité qu’ils suscitent peuvent expliquer ces comportements d’autolimitation dans la gestion de leur carrière.

Mais l’autocensure est également la résultante d’un second regard : celui d’une figure d’autorité qui exerce un pouvoir tantôt réel tantôt imaginaire (un prof, un parent, l’opinion publique, la sphère sociale) qui en mettant « des images dans les têtes » des femmes (Lippmann, 1922)2 peut s’opposer à leurs aspirations. Leur moindre estime de soi par rapport aux hommes, souvent décrite comme le point de départ de leurs moindres ambitions, en devient conséquence de ces images intériorisées. Redoutant la mise en concurrence, les femmes auraient tendance à moins candidater à des postes hiérarchiquement élevés (Bosquet et al., 2014).

Au final, le fondement des difficultés d’accès à l’emploi, de ségrégation horizontale ou de plafond de verre sont, certes, à rechercher du côté des comportements d’auto-discrimination des femmes (c’est bel et bien Maryse Burgot qui a refusé un poste hautement prestigieux) mais cela ne signifie pas qu’elles en sont responsables. Dès lors, seuls des politiques volontaristes telles que la lutte contre les stéréotypes et la prise en charge du congé parental par les pères, pourront faire bouger les obstacles psychologiques des unes et les mentalités des autres, afin de faire reculer les inégalités professionnelles.

Bibliographie

1Borel, Pascale, et Richard Soparnot. « De l’autocensure professionnelle ou quand les femmes sont prétendues responsables des inégalités qu’elles subissent », RIMHE : Revue Interdisciplinaire Management, Homme & Entreprise, vol. 40,9, no. 3, 2020, pp. 68-78.

2Lippmann W. (1922), Public Opinion, 2nd edition, New Brunswick, Transaction Publishers.

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ZANNAD Hédia

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