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« Recherche à impact, intelligence artificielle, transition écologique : à NEOMA, nous sommes dans l’action et l’optimisme »

Publié le 15/10/2026

Depuis l'été 2026, Antoine Souchaud est Directeur Général Adjoint Faculté et Recherche de NEOMA. L’occasion de revenir sur de grandes questions qui préoccupent nos professeurs :  l’impact de leurs travaux sur les écosystèmes, l’intelligence artificielle, la transition écologique. Eclairant.   

 

Si nous devions faire une photo rapide de la recherche à NEOMA aujourd’hui, comment la décririez -vous ? 

La recherche à NEOMA, c'est les 250 professeurs qui sont tous des experts de leur sujet et qui travaillent chacun sur des frontières de connaissances qu'ils essaient de repousser. Pour cela, nous avons créé quatre* aires d'excellence qui permettent aussi à des professeurs de disciplines différentes - comme l'entrepreneuriat et la finance, la supply chain et le marketing - de travailler ensemble avec des méthodologies de recherche qui se complètent. Certains utilisent des méthodologies plus quantitatives avec des statistiques, d’autres plus qualitatives basées sur des analyses d'entretien, des observations de terrain. 

Depuis plusieurs années, NEOMA travaille à améliorer l’impact de sa recherche sur les écosystèmes. C’est une ambition que vous poursuivez ? 

Oui, avec notre Impact Officer, Jean-Baptiste Suquet, nous faisons en sorte que nos travaux ne donnent pas simplement lieu à des articles académiques, mais aussi à des progrès, des réalisations concrètes dans le monde réel. Et donc, nous nous employons à diffuser des recommandations basées sur nos recherches, à la fois dans les territoires dans lesquels nous sommes installés, auprès du grand public, des entrepreneurs, des entreprises, des parties prenantes et aussi des acteurs publics. Nous organisons des rencontres, des séminaires auprès de praticiens. On peut aussi répondre à certaines de leurs interrogations précises.

Vous avez un exemple ? 

Absolument. Je pense à la mairie de Reims qui nous a demandé de l’aider à créer un « bureau du commerce ». Nous avons pu travailler très en amont en faisant le tour de tous les bureaux du commerce qui fonctionnaient bien en France. Nous avons étudié ce dispositif dans une trentaine de villes, et analysé comment avaient été mobilisées toutes les parties prenantes sur ces projets (chambre des métiers, chambre de commerce et d'industrie, centres de formation, syndicats de commerçants, services de la mairie et de la métropole en charge d'accompagner les entrepreneurs souhaitant s'installer sur le territoire). Cela a mobilisé des chercheurs à la fois en Ressources humaines, en logistique, en comptabilité, en marketing également, et en théorie des organisations.

Ce projet est intéressant : une collectivité a sollicité les chercheurs de NEOMA pour un projet très concret. Et ce projet nourrit-il aussi la recherche ? 

Oui, tout à fait, nous avons un champ de recherche relativement récent qui s'intéresse aux organisations d'organisations. On les appelle les méta-organisations. C’est le cas avec ce bureau du commerce : nous réunissons des organisations qui n’ont pas toujours l’habitude de travailler ensemble de façon structurée, associations de commerçants, Chambre des Métiers, Chambre de Commerce et d’Industrie, Bpifrance… Et nous essayons de construire une organisation, ce « bureau du commerce », qui les fédère, nous cherchons à savoir quelles sont les conditions de leur succès, et nous avons pu le tester dans un espace physique. Donc oui, pour nous, d’un point de vue recherche, c’était passionnant de voir la naissance d'une méta-organisation.  

Parmi les champs de recherche liés aux enjeux de notre époque, il y a bien sûr l’intelligence artificielle. Sous quel angle l’abordez-vous ? 

Le champ de recherche qui nous intéresse particulièrement est comment l'IA vient révolutionner nos apprentissages, à la fois au sein des écoles et dans les premiers emplois. Prenons l'exemple de l'audit pour être très concret. Avant l'IA, les jeunes diplômés consacraient les trois premières années de leur vie professionnelle à des tâches qui leur permettaient de comprendre ce qu'est le métier, la comptabilité …  Avec l'apparition de l'IA, ces tâches-là sont automatisables. La première question pour nous, c'est comment fait-on pour que ces apprentissages se fassent différemment ? Comment les internaliser au sein de l'école pour préparer les jeunes à entrer sur le marché du travail ? L'enjeu est également de leur apprendre à utiliser ces IA, mais aussi à les comprendre et à les contrôler. La grande question, c'est aussi à quoi va-t-elle servir ? Et là, nous n’en sommes qu'au tout début, nous sommes à peine en train de comprendre quels seront les nouveaux services, les nouveaux métiers… Pour nous l’IA est une révolution technologique très enthousiasmante.

L’IA est donc un sujet pour les chercheurs en lien direct avec la pédagogie et la conception des formations. C’est une recherche qui a un impact direct sur l’école, elle implique aussi les enseignants, les étudiants ? 

Oui absolument, c’est d’ailleurs pour cela qu’avec Alain GOUDEY, notre DGA Digital, nous créons en ce moment un institut de recherche sur l'IA dans un programme global de transformation de l'école doté de 15 millions d’euros sur les 3 prochaines années. Avec pour objectif de créer en son sein différentes chaires, à la fois des chaires de recherche, des chaires sur des projets à impact et des chaires sur la pédagogie.

Dans le domaine de la recherche, l’IA est aussi un outil extrêmement puissant. Que permet-elle de faire ? 

L’IA peut aider dans le traitement des données, c’est une version améliorée des outils économétriques que nous avions ; elle nous aide à approfondir plus rapidement ce que l’on appelle une littérature… 

Avant, nous avions un temps relativement long entre le début de nos recherches, les découvertes théoriques et leur application pratique. Aujourd'hui, l’IA permet de compresser ce temps et donc d'arriver le plus vite à l'impact. L'impact, c'est primordial, c'est ce à quoi servent nos recherches. On contribue à rendre ce monde meilleur. Plus vite et plus fort. 

La recherche va aller beaucoup plus vite, beaucoup plus loin, mais à quoi faut-il faire attention ?  Quels sont les dangers ? 

Le danger, c’est d’être dans une délégation totale de l'intelligence. Il faut être vigilant : ce n’est pas parce que cette technologie existe qu'il faudrait s'arrêter de lire, ou d'explorer des écrits scientifiques aussi en autonomie. Il faut continuer à prendre le temps de lire ces articles, de se tromper, de se perdre dans la littérature. Perdre son temps, notamment quand on est en formation, c'est important. Le danger, ce serait de se servir de l'IA tout le temps, partout, et de se reposer dessus aveuglément, de ne plus avoir besoin de réfléchir, de ne plus avoir d’échanges entre êtres-humains, de controverses, de désaccords. Ce serait la catastrophe. Ensuite, un autre danger, ce serait de déléguer totalement l'évaluation de la robustesse scientifique à une IA. 

Parmi les champs de recherche de NEOMA, il y a la nécessaire réaction des organisations face au dépassement des limites planétaires, au réchauffement climatique et à la transition écologique. Ce sujet a subi un certain repli outre-Atlantique ces dernières années. Reste-t-il une question majeure pour la recherche à NEOMA ? 

Oui, plus que jamais. Regardez les températures de l’été : le changement climatique est une réalité. NEOMA se saisit de cette réalité avec un prisme qui est avant tout celui de l'optimisme dans notre capacité à inverser les choses. Ici, avec notre Dean, Delphine Manceau, on lutte vraiment contre le fatalisme, contre le nihilisme, contre l'idée que c'est foutu, que le monde court à sa perte et qu'il serait trop tard pour inverser les choses. Nous ne travaillons pas seulement sur la nécessaire limitation des effets du changement climatique, mais aussi sur la création d'un état d'esprit qui permettra l’émergence de nouvelles technologies, d’innovations stupéfiantes, à même de nous aider à reprendre le contrôle sur le changement climatique. Les rapports du GIEC ne doivent pas être reçus avec fatalisme comme des prévisions face auxquelles nous serions démunis mais plutôt comme une prévenance qui nous montre ce qui sera si nous restons les bras ballants. Il est impératif que nous ne cessions de croire en notre capacité collective, à celle de la jeunesse notamment, à toujours répondre à l’obstacle par l’enjambée. Nous allons nous surprendre nous-même. Nos élèves vont se surprendre eux-mêmes. Nous allons innover au-delà de ce que nous pouvons imaginer. Nous créons des ponts, notamment avec les ingénieurs. Nous allons renverser le changement climatique. C’est notre conviction profonde. Et nous nous y attelons. Nous sommes dans l’action et l’optimisme, ici et maintenant. Mais cela prendra peut-être un peu de temps, c’est pourquoi nous travaillons aussi à la conceptualisation des modèles économiques et des modèles d’organisations qui nous permettent de réduire notre impact sur nos écosystèmes.

 

* The Future of Work ; The World We Want ; The Complexity Advantage ; AI, Data Science & Business

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Professeur

SOUCHAUD Antoine

Antoine SOUCHAUD est Directeur général adjoint à la Faculté et à la Recherche depuis juin 2026. Il est Professeur (full) à NEOMA Business School et à l'Ecole Polytechnique. Il a été responsable du département académique "Comptabilité, Contrôle et Affaires Juridiques" entre avril 2022 et