MSc Sustainability Transformations
Devenez un acteur du changement pour un avenir durable
15 mois
Reims
Le monde de NEOMA
Publié le 29/07/2026
Clairement, le sujet a été un petit peu chauffé à blanc dans les médias, médias au sens large, suite aux actions de l'administration Trump. Certaines organisations se sont complètement pliées à ces injonctions (on peut penser à Meta) et pendant que d'autres, comme l’université de Harvard par exemple, ont au contraire décidé de résister. Et si le mouvement de backlash est clairement plus fort aux Etats Unis, la remise en cause des politiques de transition appelle à être vigilant pour l’Union européenne également.
Se posait alors la question des entreprises déjà engagées en matière de diversité et d’inclusion : comment allaient-elles réagir face à ces attaques ? Pour nos étudiants en du MSc Sustainability, qui se préparent à travailler sur ces fonctions, ces questions représentent un enjeu réel.
Nous avons identifié cinq stratégies.
Ces cinq stratégies sont apparues à peu près aussi souvent les unes que les autres dans notre échantillon. Il est difficile de les quantifier précisément, car selon les organisations, certains aspects de la diversité — les questions LGBT+ par exemple — pouvaient faire l'objet d'une réponse particulière, tandis que d'autres, comme le handicap, suscitaient une réponse différente, voire aucun backlash du tout.
De façon générale, même lorsqu'il peut être un peu agressif, le backlash observé dont témoignent les acteurs interrogés par les étudiants reste plutôt doux, assez soft, ce qui renvoie à cette l’idée de « ventre-mou » évoquée dans les entretiens. Une des raisons tient à la protection forte qu'offre le cadre juridique européen, un cadre qui n'est pas remis en cause.
Cela dit, le cadre juridique risque de ne pas suffire, notamment par rapport aux enjeux d’engagement des collaborateurs et du risque de désengagement silencieux des parties prenantes clés. La première piste de réflexion à considérer porte sur le fait de faire modèle : au-delà du juridique, y a-t-il une approche spécifiquement européenne de la DEI à promouvoir (de la même façon qu’on argumente une IA spécifiquement européenne) ?
L'autre question clé est celle du langage de la diversité : faut-il camoufler les politiques DEI en faisant de la diversité et de l’inclusion sans le dire, comme on ferait de la prose sans le savoir ? Ou faut-il au contraire considérer le vocabulaire de la diversité comme un enjeu et travailler la communication et les mots en tant que tel ?
L’histoire de la DEI remonte à « l’affirmative action » mise en place aux Etats-Unis dans les années 1960. Depuis, nous avons vu une progression disons tourmentée, avec de réels progrès dans les entreprises, alternant avec des reculs et remises en cause réguliers.
A partir des années 1990, il y a eu ce qu’on appelle le business case des politiques de diversité, autrement dit l’une envie de faire comprendre que les politiques de diversité apportaient et généraient de la performance. C’était une tentative de montrer qu'au-delà des idéaux politiques et des valeurs, il fallait l'intégrer les actions diversité aux stratégies de l'entreprise, démontrer que ça avait du sens pour le business. Nous avons vu quelques progrès dans les entreprises, même si l’histoire de la diversité est marquée par des reculs réguliers. Cette idée avait contribué à faire entrer les politiques DEI dans les entreprises.
Plus récemment, les années 2020 suite à l'affaire Georges Floyd et le mouvement Black Lives Matter, avaient témoigné d’un regain d'engagement des entreprises.
Là-dessus on a observé un fort ressac, marqué notamment est venue par la politique du Président des Etats-Unis. Son action montre d’une part qu'il est clairement possible de dire stop, au mépris du droit parfois, et dans le refus total des principes sur lesquels repose la diversité et l'inclusion. Elle a d’autre part libéré la parole : certains ont dit leur angoisse, d’autres leur haine ou en tout cas leur refus de ses politiques. Parmi les plus extrêmes, il faut compter la base MAGA, ou les mouvements masculinistes qui se déploient sur les réseaux sociaux.
Ce récent revers peut aussi être lu comme est aussi un contre-coup du succès. Les programmes ont été poussés, les entreprises se sont positionnées, elles ont mobilisé des ressources… Mais elles l’ont fait parfois à moitié, pas très bien, elles et des activistes portant les valeurs de la DEI ont pu avoir l’impression qu’il y a eu beaucoup de bruits pour peu de résultats, voire beaucoup de bullshit. C’est moins un backlash qu’un backfire, retour de feu, un mot que l’on utilise dans la littérature, qui se caractérise par le fait qu’il y a eu beaucoup d’attentes, et donc une déception puis une opposition.
Les étudiants du MSC Sustainability ont retenu 32 entretiens que nous avons jugé suffisamment substantiels et bien menés, et où les personnes interviewées correspondaient aux critères que nous avions définis. La plupart françaises parce que les étudiants ont utilisé leur réseau, mais aussi indiennes et taïwanaises, du fait de la présence d'environ de cinq six étudiants purement internationaux dans le master.
En termes de taille et de secteur, les étudiants ont cherché à couvrir le champ le plus large possible : petites organisations, grandes multinationales, secteurs variés -conseil, industrie, service, B2B, B2C … Ils n’ont pas oublié le secteur associatif, le secteur public, et plus largement celui de l'économie sociale et solidaire. L'échantillon obtenu, sans être purement représentatif, était en tout cas diversifié.
Dans ces entreprises, les étudiants ont contacté des acteurs de la diversité et l’inclusion : des RH mobilisés sur ces questions, des responsables diversité le cas échéant, ou des personnes ambassadrices au niveau opérationnel, relayant ces politiques et engagées dans leur mise en œuvre.
Les entretiens, semi-directifs, ont duré environ 40 minutes chacun en moyenne. L'idée était de comprendre ce qu'était cette entreprise caractériser l’organisation dans laquelle évoluait la personne interviewée, en particulier dans sa démarche de diversité et d'inclusion : ce qui était fait, quelles ressources existaient, quelles politiques étaient en place, etc.
Il s'agissait aussi de comprendre si, dans l'organisation, existait un ressenti de backlash. Et le cas échéant, comment l’organisation y réagissait — c'était l'une de nos interrogations fondamentales. Y a-t-il un backlash ? Lequel ? Et comment il était ? Comment est-il perçu. ? Posait-t-il problème, et si oui, comment les entreprises essaient-elles d'y réagir ?
Nous avons ensuite analysé nos données en confrontant en classe l’ensemble des entretiens. D’abord en petits groupes puis avec l’ensemble de la classe, pour dégager les réponses types face au backlash.
Auteurs: Hrishika Amod, Pauline Arnoult, Nolwenn Barcq, Paul Becker, Manon Bonnefant-Dufour,
Marion Buret, Lucie Carbajal, Marion Cauchoix, Elise Cavalié, Nicolas Charles, Enola Chassignet,
Bérénice Ciman, Bérénice Herzog, Maxence Jaskiewicz, Elisa Joffre, Raghu Charan Kancharla,
Eva Le Callennec, Gabin Passebon, Clément Petit, Léna Renard, Victor Robert, Nicole Rodriguez
Ramirez, Noah Simonneau, Ruchi Sinha, Subash Sukumar, Honorine Touillet, Yu Wang, Xinyao
Wang, Léna Woznjak
Supervision: Jean-Baptiste Suquet
Jean-Baptiste Suquet est professeur à la Neoma Business School, où il enseigne les sciences du travail et de l'organisation, du premier cycle jusqu'aux programmes executive. Ses recherches portent sur les défis et les transformations du travail dans le secteur des services et de la relation clien