Il n’y a pas d’âge pour entreprendre !
Publié le 20/01/2026
Dans l’imaginaire collectif, l’entrepreneur innovant est souvent un jeune en sweat à capuche, avalant un sandwich devant son ordinateur, dans un incubateur de startups… Un cliché, comme le démontre une vaste étude internationale sur la création d’entreprise tout au long de la vie, à laquelle a participé Teemu Kautonen de NEOMA Business School.
Ils ont moins de 30 ans et rêvent de révolutionner le monde avec une appli. Ils ne comptent pas leurs heures et dorment sur leur lieu de travail. Ils sont de tous les hackathons et de tous les salons, qui sont pour eux une façon de s’amuser. Vraiment ? Ce portrait type de l’entrepreneur innovant est dans tous les esprits. On le retrouve dans des films, des séries ou même à la Une de médias. Mais la réalité est plus nuancée, établit un travail de recherche portant sur l’analyse de 40 articles scientifiques récents.
Pour les quatre auteurs et autrices, dont le professeur d’entrepreneuriat Teemu Kautonen à NEOMA Business School, la propension à créer une entreprise et les chances de succès varient tout au long de la vie. Jeunes, quadragénaires ou seniors ne cherchent pas la même chose, et chaque groupe dispose d’atouts spécifiques tout en étant confronté à des contraintes propres. Pour établir ce constat, ces spécialistes ont plongé dans un corpus couvrant dix thèmes clés : comment des personnes de différents âges se lance-t-elles dans l’entrepreneuriat ? Quels projets réussissent ou échouent ? Qui persiste après un revers ? Quel est le poids de stéréotypes liés à l’âge ou encore au genre ? Etc.
À chaque génération d’entrepreneurs, ses limites et ses points forts
Premier constat, si la jeunesse incarne une génération qui déborde d’énergie et ose se lancer sans trop regarder en arrière, c’est aussi une période où l’on dispose de peu de ressources : moins d’argent à investir, un réseau professionnel limité, peu d’expérience voire aucune dans le management… Cette situation peut limiter leur capacité à transformer une idée – même excellente – en une entreprise qui tiendra le coup.
À l’inverse, les seniors ont d’emblée plus d’expérience, de contacts et de ressources financières. Ils se révèlent plus performants dans la durée. Leurs projets sont aussi plus réalistes. Par ailleurs ils privilégient souvent l’épanouissement personnel ou l’amélioration de leur qualité de vie, plutôt que la croissance de leur entreprise. En définitive, l’âge auquel les chances de créer une entreprise ambitieuse et durable sont les plus élevées se situe autour de 45 ans.
Le milieu de vie, véritable âge d’or ?
Les auteurs et autrices évoquent à cet égard une « relation en U inversée » entre l’âge et l’entrée dans l’entrepreneuriat. La courbe monte progressivement jusqu’à un pic vers 45 ans, avant de décliner. Dans la phase ascendante, les trentenaires et les quadragénaires commencent à bénéficier d’une autonomie financière ; ils gagnent en assurance, en compétence et en réseau. Par ailleurs ils ont aussi plus d’obligations et moins de temps libre : c’est généralement la période des foyers à fonder, des enfants en bas âge et des prêts à rembourser… L’étude évoque à cette égard une fragmentation du temps, une hausse de la charge mentale et une énergie limitée.
Tout ne se résout pas à 50 ans : à la maison les adolescents sont certes plus autonomes mais ils mobilisent aussi de de l’attention, tandis que leurs grands-parents commencent souvent à entrer dans la dépendance… Mais cela reste une phase particulièrement propice à l’entrepreneuriat, avec davantage de ressources financières et de disponibilité pour se lancer dans l’aventure. L’étude relève aussi que c’est souvent l’âge des grandes interrogations existentielles et du « maintenant ou jamais » : un moment charnière, où le vieillissement devient une perspective plus concrète, et où l’on se lance dans des projets longtemps repoussés.
Senior et entrepreneur : rien d’incompatible !
À partir de 60 ans, la dynamique change encore. Loin du cliché du pré-retraité paisible, qui commence à cultiver son jardin, nombre de seniors créent une entreprise. Généralement sécurisés financièrement, ils sont plus enclins à accepter une perte de revenus s’ils ont le sentiment d’améliorer leur qualité de vie. L’étude relève qu’ils valorisent les projets ayant du sens à leurs yeux, apportant quelque chose à la société, plutôt que la rentabilité rapide ou le prestige. Autrement dit, les jeunes cherchent généralement à prouver leur valeur, à s’émanciper, à gagner leur vie, tandis que les plus âgés veulent transmettre quelque chose, se réaliser ou encore rester actifs.
Souvent fins connaisseurs des secteurs d’activité dans lesquels ils se lancent, ils sont bien placés pour introduire des innovations sur le marché. Beaucoup privilégient des activités à taille humaine et parfois hybrides – combinant emploi salarié et projet personnel. Cet « entrepreneuriat à temps partiel » reste d’ailleurs sous-estimé et peu connu, souligne l’étude, ce qui explique en partie le fait que les seniors restent peu perçus comme des entrepreneurs. Ce biais fait plus généralement écho aux obstacles et aux discriminations « âgistes » subis par les sexagénaires. Malgré des discours valorisant l’entrepreneuriat des seniors, ces derniers restent perçus comme ayant un potentiel limité – par leurs clients, leurs partenaires ou parfois même les pouvoirs publics… – et sont généralement moins soutenus que les jeunes. Une discrimination liée à l’âge s’ajoute ainsi aux obstacles qu’ils doivent surmonter
Des discriminations « âgistes » ou sexistes à combattre
Les stéréotypes ne frappent pas uniquement les seniors. Si ces derniers sont perçus comme lents ou dépassés, les jeunes sont vus comme peu fiables ou trop impulsifs par les investisseurs. Les entrepreneurs et entrepreneuses d’âge moyen bénéficient en revanche d’un effet de crête : ils inspirent confiance sans être considérés comme fragiles ou naïfs. Outre l’âge toutefois, l’étude relève le poids de discriminations de genre. Entre 35 et 55 ans, les femmes sont davantage assignées à des responsabilités familiales et moins nombreuses à être en mesure de créer une entreprise. L’étude remarque toutefois que certaines « tirent parti des synergies entre leurs multiples identités – mère, entrepreneuse… – et s’épanouissent d’autant plus dans l’entrepreneuriat ». Une fois enfants adultes, en outre, les femmes sont nombreuses à créer des sociétés à vocation sociale particulièrement performantes.
Enfin les chercheurs et chercheuses rappellent que le contexte institutionnel façonnent profondément les trajectoires professionnelles. Dans les pays dotés de solides protections sociales, les individus ont moins à perdre et se lancent plus volontiers. Les comparaisons internationales révèlent par exemple une forte corrélation entre l’entrepreneuriat et l’espérance de vie : plus on vit longtemps en bonne santé, plus on est susceptibles de créer une société même à un âge avancé. Les auteurs et autrices plaident en conséquence pour repenser les politiques d’accompagnement tout au long de la vie : s’il est essentiel qu’une société soutienne sa jeunesse, elle ne devrait pas négliger pour autant les autres générations et gagnerait à ajuster ses dispositifs d’aide à la diversité des parcours possibles. L’entrepreneuriat n’est pas un sprint mais une course de fond, où chacun peut apporter apporte son énergie, son regard et son expérience.
En savoir plus
M. Lévesque, U. Stephan, T. Kautonen & R. Bakker, Entrepreneurship, Age, and the Lifespan: Taking Stock and Avenues for future Research, Journal of Business Venturing, janvier 2026. doi.org/10.1016/j.jbusvent.2025.106548
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Professeur

KAUTONEN Teemu
Teemu Kautonen est Full Professeur d’Entrepreneuriat à NEOMA Business School. Il a enseigné l’entrepreneuriat et des matières connexes dans plusieurs pays d’Europe, d’Amérique latine et du Moyen-Orient. À NEOMA, il enseigne l’entrepreneuriat en mettant l’accent sur la durabilité, l