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Réseaux sociaux : les internautes privilégient la cohérence à la véracité

Publié le 29/09/2026

Lorsqu’ils découvrent sur les réseaux sociaux un sujet qu’ils ne connaissent pas, les internautes se forgent très rapidement une opinion ; et celle-ci repose avant tout sur des informations perçues comme cohérentes. C’est l’une des conclusions de l’étude de deux chercheurs, dont Venu Puthineedi de NEOMA, qui montrent également que ces opinions vite établies se maintiennent durablement. 

En 2020, pendant la pandémie, environ 800 personnes dans le monde s’étaient injecté de l’eau de Javel ou en avaient ingéré pour soigner un Covid-19. Ceci malgré les multiples mises en garde des autorités de santé ! En effet, de nombreuses publications sur les réseaux sociaux affirmaient que ce puissant désinfectant avait des vertus thérapeutiques… 

Un flot ininterrompu d’informations, une attention limitée

Ces comportements, absurdes à première vue, s’expliquent mieux à la lumière des récents travaux de deux chercheurs. Ces derniers ont étudié les mécanismes cognitifs qui entrent en jeu quand nous découvrons un sujet en scrollant sur des réseaux sociaux comme Facebook ou Instagram. Leur verdict : quelques publications aux conclusions convergentes nous suffisent pour forger une opinion, même si elle s’appuie sur des faits erronés. Nous sommes plus sensibles à la cohérence qu’à la vérité. 

Les deux auteurs rappellent toutefois les conditions bien particulières de la navigation sur ces réseaux. Le flot de contenus est ininterrompu. Nous l’absorbons rapidement, sur un mode récréatif, en y consacrant un faible effort cognitif et une attention fragmentée. Et pour bifurquer d’un sujet à l’autre, nous fonctionnons à l’intuition et à l’affect. Rien à voir, donc, avec une navigation utilitaire et studieuse guidée par la logique.

Seulement cinq posts, et notre opinion est faite

C’est ce mode récréatif que les chercheurs ont reproduit lors de trois expériences, avec au total 500 participants adultes. Ces derniers découvraient des posts constitués d’images et de textes courts, assez semblables à ceux d’Instagram. Certains contenus étaient vrais, d’autres faux. Tous portaient sur deux zones du corps peu connues, l’os atlas (première vertèbre cervicale) et le nerf mentonnier. Ceci pour confronter les participants à un sujet inédit et délimiter une frontière claire entre exactitude et erreur : l’anatomie ne souffre pas d’à-peu-près.

Premier constat : sur les réseaux sociaux, la première exposition à un nouveau sujet marque de manière indélébile notre première opinion. Celle-ci se fonde sur un jugement rapide et évaluatif, et non sur une recherche structurée. Dans la première expérience, il suffit de cinq posts au contenu cohérent (mais pas forcément vrai) pour que notre avis soit établi ! Un compromis entre le besoin de donner du sens à ce que nous lisons, et l’effort cognitif réduit auquel nous sommes prêts.

Au-delà de ces cinq posts, les publications suivantes influent de moins en moins sur notre opinion initiale, même si elles la contredisent. Comme si notre capacité d’absorption de nouvelles informations était déjà saturée.

Même hâtive, l’opinion initiale persiste dans le temps

Ce chiffre de cinq posts n’a pas une valeur universelle : il illustre un effet de seuil, une ligne de démarcation entre les premières informations, qui façonnent notre opinion initiale, et celles qui suivent et ne la modifient plus qu’à la marge. Comme indiqué précédemment, ce mécanisme est indépendant de la véracité des faits. Certains posts affirmaient par exemple que l’os atlas était le seul pivot des rotations de la tête, alors que ce pivot repose en réalité sur trois os. Or, ces inexactitudes volontaires n’empêchent pas la formation des opinions en quelques clics.

Autre constat : celles-ci résistent au temps. Les internautes y restent fidèles si on les réinterroge trois jours après la première expérience. De même, s’ils découvrent des posts qui confirment ou contredisent leur opinion, ils sont plus enclins à liker, partager et croire ceux qui vont dans leur sens. Là encore, la véracité des informations n’a quasiment aucune influence : les participants maintiennent leur premier avis, qu’il soit fondé ou non. 

Autrement dit, l’opinion initiale fait office de filtre par défaut : elle pèse sur l’évaluation de tous les contenus que nous croiserons sur le même sujet par la suite.

Confirmer demande moins d’effort cognitif que contredire

Pourquoi faisons-nous une telle confiance à des indices superficiels – quelques posts concordants – plutôt qu’à la quête de faits exacts ? Pourquoi accordons-nous plus de crédit à ce qui est cohérent et plausible qu’à ce qui est vrai ? 

Pour les chercheurs, l’explication réside dans l’attention réduite de l’internaute qui scrolle sur les réseaux. Elle nous incite à aller spontanément vers ce qui est familier, aligné avec ce que nous pensons, et facile à interpréter car conforme à ce que nous savons déjà. À l’inverse, la contradiction imposerait un effort cognitif auquel nous sommes moins disposés. 

Cette attention limitée a une autre conséquence : au moment de décider si nous faisons confiance à un influenceur actif sur les réseaux, nous nous basons davantage sur sa description de profil (métier, parcours, façon de se présenter…) que sur la teneur de ses posts. Un même contenu, qu’il soit exact ou erroné, est jugé plus crédible s’il est publié par un influenceur dont le profil nous inspire confiance.

Ces résultats fournissent des repères pour prévenir la désinformation en ligne. Parmi les pistes suggérées par les auteurs : demander aux plateformes de vérifier les signes d’expertise dont se réclament les influenceurs (docteur, enseignant, expert, etc.) ; privilégier les sources qualifiées quand un sujet surgit dans l’actualité ; et accompagner les premiers posts sur ce sujet d’avertissements ou de messages attestant de leur crédibilité. Mais à fonctionner ainsi, les réseaux sociaux auraient-ils toujours le même succès ?

En savoir plus

Venu Puthineedi et Ashish Kumar Jha, Where the Ball Starts Rolling? An Empirical Investigation into Initial Opinion Formation on Social Media Platforms, Information Systems Research,  avril 2026. https://doi.org/10.1287/isre.2024.1589

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Professeur

PUTHINEEDI Venu Bhaskar

Venu est Professeur Assistant en systèmes d'information à NEOMA Business School. Sa recherche portent sur la dynamique de la formation des opinions, la responsabilité numérique et l’impact des IA génératives sur la prise de décision dans les espaces numériques. Venu étudie comment les pla