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Le monde de NEOMA
Publié le 15/09/2026
La participation politique est loin d’être égale selon les catégories sociales. Mais au-delà des obstacles matériels souvent évoqués, une étude internationale impliquant Bernardo Andretti, chercheur à NEOMA, suggère qu’un facteur psychologique joue un rôle central : l’efficacité politique, ou le sentiment que « sa voix ne compte pas ». Elle montre également que des campagnes ciblées peuvent renforcer l’engagement politique.
Dans beaucoup de pays, les classes populaires et défavorisées participent moins à la vie politique. Un phénomène préoccupant dans des démocraties où les différents groupes sociaux ne défendent pas toujours les mêmes intérêts, ni les mêmes priorités. Car, lorsque certaines catégories participent moins, leurs préoccupations impactent aussi moins les décisions publiques, au risque d'accentuer les inégalités dans la représentation des intérêts sociaux.
Les différences observées entre classes sociales s’expliquent souvent par des freins matériels, tels que le manque de temps, de ressources, d’éducation ou d’accès aux institutions. Mais ces facteurs suffisent-ils à expliquer pourquoi certaines personnes ont l’impression que la politique n’est pas « faite pour elles » ?
Des chercheurs de l’Université d’Oxford au Royaume-Uni, de la FGV-EBAPE au Brésil et de NEOMA en France ont voulu comprendre les raisons de ce désengagement. Ils ont pour cela analysé les réponses de plus de 70 000 personnes dans 47 pays. Ils ont démontré que les individus à faible statut socio-économique participent moins à de nombreuses formes d’engagement politique. Cette tendance s’observe aussi bien pour le vote que pour la signature de pétitions, les boycotts, les manifestations et les actions de mobilisation en ligne. Elle se retrouve dans 91 % des pays étudiés, au nord comme au sud.
L’étude identifie également une des raisons majeures de cet écart de participation : un facteur psychologique appelé « efficacité politique ». Autrement dit, le sentiment que sa voix compte réellement ou non et qu’il est donc possible de peser sur la politique. Ce sentiment jouerait même un rôle plus important dans l’engagement politique que la confiance dans les institutions ou la perception de l’équité des élections.
D’où vient alors cette impression d’impuissance politique ? Pour y répondre, les chercheurs ont mené plusieurs expériences au cours desquelles des participants devaient se projeter dans des situations sociales plus ou moins favorisées. Résultat : les individus placés dans une position favorisée étaient plus enclins à participer politiquement. À l’inverse, ceux associés à une situation plus précaire exprimaient un engagement plus faible, indépendamment de leur statut réel. Parmi les différents indicateurs étudiés, le niveau d’éducation est également apparu comme l’un des facteurs les plus fortement liés à la participation politique.
Par ailleurs, les résultats soulignent que l’efficacité politique ne serait pas seulement une question de dispositions individuelles ou de barrières structurelles. Elle serait plutôt le fruit d’un mélange entre perception sociale et réalité sociale.
Après avoir mis en évidence le lien entre la classe sociale et l'engagement politique à grande échelle, les chercheurs ont voulu savoir s’il était possible d’agir sur l’efficacité politique et si cela se traduirait par plus d’engagement. Ils ont réalisé des expériences de terrain au Brésil, où les inégalités sociales sont fortes et où la polarisation politique ne cesse de croître.
L’une des expériences s’est tenue dans des favelas de Rio de Janeiro entre les deux tours de l’élection présidentielle brésilienne de 2022 opposant Lula à Jair Bolsonaro. Des individus issus de ces milieux défavorisés ont été soumis à de brefs messages rappelant que leur voix pouvait influencer les décisions politiques. Et surtout que des personnes « comme elles » avaient le pouvoir d’agir et d'influencer les résultats politiques.
Après cette intervention, les habitants étaient plus nombreux à accepter un dossier contenant des informations pour participer davantage à la vie politique. Une seconde étude, menée après l’élection, a confirmé cette tendance. Elle témoigne ainsi d’un renforcement de l’engagement politique indépendamment du contexte électoral.
Ces résultats ne signifient pas qu’un simple message suffit à effacer les inégalités démocratiques. Les obstacles matériels, tels que le niveau d’éducation, la précarité, l’accès aux institutions ou la disponibilité, jouent un rôle majeur dans la participation politique. L’étude montre toutefois que la perception de sa légitimité politique importe également.
Selon les auteurs, ces travaux offrent des pistes concrètes pour les campagnes de mobilisation citoyenne, les ONG et les institutions publiques. Au lieu d’y voir une indifférence ou une apathie, ils invitent à considérer la baisse de la participation politique des classes populaires comme le produit d’un sentiment d’exclusion. Car dans une démocratie, sentir que sa voix compte pèse parfois tout autant que le droit de participer lui-même.
Furst, R., Vieites, Y., & Andretti, B. (2026). Unequal participation: How low socioeconomic status hinders political engagement. Journal of Experimental Social Psychology, 125, 104922. https://doi.org/10.1016/j.jesp.2026.104922
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Bernardo est professeur assistant en marketing à NEOMA BS. Il est également chercheur invité à Imperial Business School et chercheur associé honoraire au sein de l’Oxford Covid-19 Government Response Tracker (OxCGRT) à l’Université d’Oxford. Son principal domaine de recherche est la psy