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« Les politiques d’industrialisation ne peuvent être pensées indépendamment des politiques de formation »

Publié le 23/03/2026

 

Le débat public français s’est structuré ces dernières années autour d’une question centrale : la fin des carrières. Mais à force de nous concentrer sur l’aval, nous avons relégué l’amont au second plan. Les débuts de carrière, la place des jeunes dans notre projet collectif, leur rôle dans l’économie et dans la démocratie sont devenus des angles morts du débat national.  

Rééquilibrer notre récit national ne signifie pas opposer les générations. Il s’agit de consacrer autant d’énergie aux débuts qu’aux fins de carrière. De considérer l'éducationla formation et l’insertion professionnelle des jeunes comme un investissement stratégique, au même titre que nos infrastructures ou notre politique industrielle. De replacer la jeunesse au cœur du projet collectif. 

Former pour réindustrialiser. Accompagner pour innover. Donner des perspectives pour renforcer l’engagement civique. Alors que s’ouvre une longue période électorale, il est plus que temps de recommencer à regarder la jeunesse non comme un problème à gérer, mais comme une force à projeter. 

Quelle place donnons-nous aux jeunes dans la France que nous voulons construire à dix ou vingt ans ? Quel rôle leur assignons-nous dans la réindustrialisation, dans la transition écologique, dans la souveraineté technologique ? Trop rarement ces questions sont posées en ces termes. 

La souveraineté industrielle n’est pas qu’un mot. Elle repose sur des femmes et des hommes formés, capables d’innover, de produire, de diriger des entreprises stratégiques. Les politiques d’industrialisation ne peuvent être pensées indépendamment des politiques de formation. Former des ingénieurs, des managers, des experts du numérique ou de l’énergie n’est pas seulement un sujet académique : c’est un enjeu de compétitivité nationale. 

Les entreprises, de leur côté, expriment des besoins croissants. Elles attendent des jeunes générations une maîtrise du digital et de l’IA, une capacité à travailler en équipe, une compréhension des enjeux climatiques et géopolitiques. Mais elles ont aussi besoin de comprendre ces nouvelles générations, leurs aspirations, leur rapport au travail, leur quête de sens. 

C’est là que le triptyque enseignement supérieur, entreprises, jeunes devient décisif. Les établissements d’enseignement supérieur, et notamment les grandes écoles par leur proximité historique avec le monde économique, occupent une position singulière : ils sont à la fois porte d’entrée vers l’économie réelle et observateurs privilégiés des transformations générationnelles. Ils voient émerger de nouvelles attentes, de nouvelles formes d’engagement, de nouvelles manières de travailler. Ils peuvent ainsi servir de médiateurs et contribuer à créer les conditions d’un dialogue constructif entre les jeunes et les entreprises. 

S’intéresser aux jeunes et à leur place dans la société et l’économie, c’est aussi s’intéresser à la vitalité démocratique. Le désengagement électoral des jeunes est souvent commenté. Il est plus rarement interrogé à l’aune du contenu du débat public. Si les grandes orientations nationales parlent peu de leur avenir, de leur rôle dans le pays, de la société que nous voulons leur confier, comment s’étonner qu’ils se mettent en retrait ?

Dans d’autres pays européens, la projection intergénérationnelle structure davantage les discours publics : « Quel pays laisser à nos enfants ? Comment les aider à appréhender les grands défis de demain pour porter la compétitivité du pays et conduire les grandes transformations ? Comment les associer pleinement aux décisions qui engagent leur avenir et leur bien-être futur ? ». 

Ces questions méritent d’être posées avec la même constance en France. Non pas dans une perspective incantatoire, mais comme fil conducteur des politiques publiques et d’une projection vers l’avenir.

Ce texte est paru dans le journal La Tribune

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