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IA et Enseignement supérieur : 3 idées à retenir des rendez-vous de NEOMA

Publié le 16/03/2026

Former des étudiants à restituer des connaissances qu'une IA produit en 3 secondes. On appelle ça encore enseigner ? Telle était la question posée par NEOMA lors de son second rendez-vous IA & ESR le 10 mars dernier sur le campus de Paris. Trois heures d’échanges. Trois grandes idées à retenir. 

1. L'IA de substitution appauvrit les compétences — il faut apprendre l'IA de « confrontation »

Directeur de la transformation digitale et la gouvernance des données RH chez France Travail, Aurélien Fénard distingue clairement deux postures : « Avec une IA de substitution, celle qui fait le travail à ma place. Alors je ne développe pas mes compétences, et mon autonomie. Avec l’IA de confrontation, je vais faire mes recherches, je vais lire quelques ouvrages, quelques articles, je vais me faire une première ébauche et ensuite je soumets ce devoir, cette étude à l'IA en disant : 'critique, fais-toi l'avocat du diable, déconstruit l'idée, trouve-moi des études encore plus impactantes. Avec de l'IA de confrontation, j'augmente mes compétences, j'augmente mon autonomie. » Les grandes écoles qui apprennent à utiliser l'IA comme un contradicteur — et non comme un rédacteur de devoirs — donnent un avantage décisif à leurs étudiants.

 « Il faut garder des compétences techniques sinon derrière on ne fait rien. » Les étudiants qui délèguent entièrement leur réflexion à l'IA développent ce qu'il appelle le ghostwriter effect — l'illusion de maîtriser ce qu'ils n'ont en réalité jamais appris.

 2. Derrière l'IA, une dépendance que les futurs managers doivent comprendre 

Souvent absent des débats pédagogiques, ce point est pourtant l'un des plus stratégiques. Pour Aurélie Simard, experte en gouvernance internationale de l'IA, utiliser l'IA aujourd'hui, c'est un peu comme quitter sa maison pour s'installer dans « un appartement super moderne, loué, meublé, avec plein de matériel merveilleux ». Très confortable — jusqu'au jour où « les règles du jeu peuvent changer. Du jour au lendemain, je ne peux plus avoir accès à ces données. »

Derrière les assistants conversationnels et les outils génératifs du quotidien, il y a des infrastructures lourdes — puces, data centers, standards logiciels — concentrées dans les mains de quelques acteurs américains et chinois. Les entreprises qui adoptent ces technologies sans en mesurer la dépendance s'exposent à perdre le contrôle de leurs données, de leurs processus, parfois de leur modèle économique.

C'est pourquoi les futurs managers ne peuvent pas se contenter d'être de bons utilisateurs de l'IA. Ils doivent aussi être capables de poser les bonnes questions : à qui appartiennent mes données ? Que se passe-t-il si cet outil disparaît ou change ses conditions ? Existe-t-il des alternatives souveraines ? Former à l'IA, c'est aussi former à ce regard critique — celui qui distingue l'adoption intelligente de la dépendance subie.

3.  Le monde du travail va se transformer à une vitesse vertigineuse — et les écoles doivent réapprendre à former  

Directeur général adjoint à NEOMA Alain Goudey conclut la journée avec un chiffre qui donne le vertige : « 1 milliard de jobs, selon le Forum Mondial de l'Économie, vont être en transformation profonde à l'horizon de 2027. On n'est pas assez nombreux dans le monde de l'enseignement et de la formation pour accompagner 1 milliard de personnes dans un délai aussi court. C'est pas mal de travailler ensemble, de partager les pratiques et d'aller un peu plus vite. » Ce n'est plus le moment d'attendre. NEOMA n’a pas attendu : « On a formé tout le monde. On s'y est pris très tôt puisqu'on a démarré en 2023. Nous avons accompagné nos étudiants, mais aussi 90% des professeurs. » 

Ce qui se joue ici dépasse la simple mise à jour des cursus. C'est une conviction de fond, résumée par Alain Goudey : traiter l'IA comme une culture d'organisation, pas comme un outil qu'on ajoute en périphérie.  C’est la culture même de l’établissement qui est à repenser. 

Comme l'a formulé Delphine Manceau, directrice générale de NEOMA : « La question n'est pas de savoir comment l'IA va influencer la salle de classe, l'IA est dans la salle de classe. Nos élèves l'utilisent. Ils font leurs devoirs avec, ils préparent leurs cours avec. » La vraie question, a indiqué Delphine Manceau, est comment faire de l’IA un levier d'excellence, d’équité, et de compétitivité.  

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