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Les 3 défis qui attendent les Grandes Ecoles françaises suite à la pandémie

Publié le 02 juin 2020 par NEOMA

  • Rentrée 2021

La pandémie de Covid-19 aura un fort impact sur les Grandes Ecoles et Universités. De nouveaux challenges se présentent à elles et s’ils ne sont pas pris en cause avec suffisamment d’attention, il existe un risque que certaines institutions ne s’en relèvent pas. Tour d’horizon de ces nouveaux défis par Benoit Anger, DGA Corporate Development & Communication de NEOMA. 

Quels sont selon vous, les défis majeurs auxquels pourraient être confronté l’enseignement supérieur français au point de mettre en danger son attractivité ?

benoitangerBenoit Anger : Plusieurs écoles de commerce et Universités françaises figurent en tête de peloton des classements internationaux. Cependant, en raison de la crise actuelle, l’attractivité de nos Business Schools risque d’être impactée négativement et ce sur plusieurs plans.
J’identifie 3 défis majeurs. Tout d’abord, la mobilité étudiante internationale risque de devenir un paramètre sensible dans les prochains mois. Nous devrons ensuite concentrer nos efforts sur les zones géographiques à fort potentiel en et hors Europe. Enfin, j’ai la conviction que l’innovation pédagogique pourrait représenter une voie de salut. 

Pour quelles raisons anticipez-vous une baisse de la mobilité étudiante internationale ?

Benoit Anger : La France a reculé dans les derniers chiffres publiés en 2017 par Campus France. L’Australie et l’Allemagne nous ont supplantés depuis 2012 et nous avons rétrogradé de la 3ème à la 5ème place, malgré une augmentation de 5% en volume du nombre d’étudiants internationaux en mobilité en France.
Il semble évident que la crise que nous traversons laissera des stigmates sur le plan de la mobilité étudiante. De nombreuses questions restent sans réponse : la pandémie sera-t-elle sous contrôle à la rentrée ? Les vols internationaux seront-ils rétablis ? Comment les campus pourront-ils accueillir les étudiants en respectant les mesures sanitaires en vigueur ? Bien que les chiffres relatifs aux candidatures soient encourageants, une baisse du recrutement international parait inéluctable. Les universités australiennes par exemple, dépendantes des recrutements internationaux et notamment d’étudiants venus d’Asie, risquent de traverser une période creuse.

Le deuxième défi que vous mentionnez est celui du ciblage de zones à fort potentiel. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Benoit Anger : Pour réussir à attirer un maximum d’étudiants, la France doit se montrer attractive auprès des zones géographiques dont les étudiants ont le plus fort potentiel de mobilité. Sur ce plan, l’Afrique et le Maghreb sont des partenaires privilégiés de longue date, sur lesquels notre pays peut s’appuyer. Mais la France doit également recentrer ses efforts sur l’Asie.

La Chine et l’Inde sont les nations qui ont un potentiel énorme en termes de mobilité étudiante. De nombreuses Business Schools françaises ont su se saisir de cette opportunité en déployant des bureaux de représentation dans ces deux pays. Pourtant rien n’est encore gagné à ce stade. Alors que 47% des Indiens, 27% des Taiwanais et 24% des Chinois considèrent la poursuite d’études en Grandes Ecoles comme une voie privilégiée*, le nombre d’étudiants chinois accueillis en France a diminué de 6% sur les 5 dernières années. Autre chiffre concernant l’Inde, ce pays n’est que le 16ème pays d’origine des étudiants en mobilité en France. Une incongruité quand on sait que plus de 330 000 étudiants indiens sont en mobilité selon les derniers chiffres de l’UNESCO et que le contexte géopolitique (Brexit, politique restrictive sur les visas étudiants aux Etats-Unis…) représente une opportunité pour la plupart des établissements français.

Nous devons collectivement, et avec l’aide du gouvernement, œuvrer pour assurer la relance de l’enseignement supérieur français à l’international. La formalisation d’accords facilitant les synergies éducatives sera un soutien précieux pour les Grandes Ecoles et Universités. Je pense par exemple à deux accords qui sont des exemples à reproduire et à approfondir : l’entente sino-française entre le Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation et le ministère de l’Éducation de la République Populaire de Chine, qui reconnait mutuellement les études et les diplômes en vue de la poursuite d’études supérieures dans le pays partenaire. L’accord un peu plus ancien, signé en 2015, entre la France et l’Inde permettant aux étudiants indiens de rester 24 mois en France via le renouvellement de leur visa, est à mettre en avant également.

Vous évoquiez l’innovation pédagogique comme atout français. Pouvez-vous développer ? 

Benoit Anger : Le confinement et la fermeture des campus en raison de la pandémie a accéléré un basculement vers l’enseignement en ligne dans de nombreux pays. Cette crise a été une occasion pour les établissements de tester de nouveaux dispositifs distanciels. Face à une génération ultra-connectée, cette capacité d’innovation et de proposition de nouvelles formes d’enseignements, qui offrent des alternatives au traditionnel face à face étudiant/professeur, pourrait émerger comme levier de différenciation entre écoles et universités.

Les établissements français doivent tout mettre en œuvre pour tirer leur épingle du jeu. La concurrence qui règne sur la scène académique pour attirer les meilleurs talents est sévère et si la qualité des formations reste le critère N°1 dans l’arbitrage des étudiants, la France doit également s’appuyer sur son soft power pour renforcer son attractivité. Nous avons collectivement besoin d’une “marque France” qui rayonne à l’international. Dans cette perspective, continuons à donner à Campus France les moyens nécessaires pour faire valoir l’excellence de l’enseignement supérieur français aux quatre coins du globe.

* selon les récents chiffres publiés par le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI),