open menu

Actualités

« La performance n’est pas antinomique du respect et de l’humilité »

Publié le 02 février 2020 par NEOMA

  • Actualité Programme
  • Programme Grande Ecole

Thierry Guibert, PDG du Groupe Maus Frères (Lacoste, Gant, Aigle, Tecnifibre, The Kooples), diplômé 96 du Programme Grande Ecole de NEOMA, et Président de NEOMA Alumni, était l’invité d’une conférence dédiée aux Humanités et à la RSE sur le campus rémois. Accueilli par Michel-Edouard Leclerc, Président de NEOMA, et par Delphine Manceau, Directrice générale de NEOMA, Thierry Guibert s’est prêté au jeu des questions préparées par des étudiants des associations NEORATEUR et ENACTUS, coorganisatrices de l’événement.

Dans quelle mesure la RSE constitue-t-elle un levier de performance pour les entreprises que vous dirigez ?
Depuis quelques années, le consommateur est demandeur d’initiatives qui démontrent la responsabilité sociale des entreprises. La RSE peut représenter un levier de non-performance si nous ne respectons pas un devoir de transparence vis-à-vis du client. Dans cette optique, nous avons qualifié nos usines et imposé des normes. Nous avons opté pour des partis pris forts. Ainsi, nous ne travaillons pas avec certains pays qui ne satisfont pas à nos exigences.
De plus, nous ne saupoudrons pas la RSE. Au contraire, nous l’ancrons au sein même de la mission de la marque. Par exemple, Lacoste étant une marque transgénérationnelle, nous nous attachons donc à l’aspect sociétal. Aigle est plutôt associée à la nature, donc aux thématiques liées au développement durable.

Pensez-vous que l'entrepreneuriat social puisse être une vraie réponse aux exigences de notre société ?
Il ne faut pas oublier que nous sommes dans un environnement capitaliste. A partir du moment où on trouve une formule rentable à l’entrepreneuriat social, ça peut marcher. Je suis admiratif des nouvelles générations qui placent ces défis au cœur de leurs aspirations. Je crois en l’entrepreneuriat social. Je crois que cette manière d’innover a de l’avenir car de nouveaux modèles économiques sont actuellement imaginés.

humanites conf guibert thierry 15jan20 2

Lacoste est une marque emblématique française. Son avenir se trouve-t-il sur le territoire national ou à l’étranger ?
La marque a 86 ans, mais l’entreprise est jeune, elle n’a que 6 ans. Il y a 5 ans quand j’ai pris mes fonctions, nous avons défini une stratégie de premiumisation visant à renforcer la désirabilité de la marque tout en maitrisant sa distribution en proposant des produits à valeur pour nos clients. Le modèle économique de Lacoste est très robuste car notre activité n’est pas dépendante d’un pays mais répartie à raison de 10 à 15% dans de nombreux pays dont la France. La priorité future est le marché chinois, qui représente aujourd’hui 8% du chiffre d’affaire mais nous avons un objectif de 20% dans 3 à 5 ans.

Mais pour créer de l’emploi et préserver l’environnement, ne faudrait-il pas revenir au localisme ? Peut-être sous une nouvelle forme ?
Sur la partie maille, nous avons réussi à conserver une production locale. A mon arrivée à la tête du groupe il y a cinq ans, j’avais besoin de 40 bonnetiers pour assurer la partie tricotage de la production en France. Il n’existait plus suffisamment de formations ni d’écoles, et donc de professionnels. Nous avons donc créé en 2016 la « Lacoste Manufacturing Academy » pour former nos bonnetiers. Nous avons préféré investir dans la formation plutôt que de délocaliser. Cette initiative inédite a constitué une action sociétale, puisque les candidats qui se sont présentés avaient des profils variés, aussi bien en recherche d’emploi qu’en reconversion. Nous avons pu offrir des contrats de professionnalisation. Notre responsabilité était aussi de faire perdurer ce savoir-faire français, tant reconnu à l'international.

Vos conseils pour les étudiants ?
J’ai trois conseils pendant les études. D’abord, il faut travailler les matières pour lesquelles vous avez le moins d’attirance. Les fondamentaux sont incontournables pour la suite de votre carrière. Je me sentais plutôt commercial, donc j’ai choisi la filière finance pour combler mes faiblesses. C’était un bon choix ! En tant que Contrôleur financier chez Kering (ex PPR), j’ai accompagné leur transformation de la distribution vers le luxe. Les groupes demandent cette agilité, cette capacité à relever les challenges.
Ensuite, parler couramment l’anglais est absolument essentiel. A l’époque ce n’était pas discriminatoire, aujourd’hui, ça l’est.
Enfin, je dirais de profiter des études pour s’ouvrir au monde. Votre carrière dépendra aussi de ça : savoir parler de tout avec tout le monde.
Plus tard, pendant votre carrière, gardez à l’esprit que la performance n’est pas antinomique de respect et d’humilité. Quand j’ai commencé à travailler avec des dirigeants, j’en ai profité pour beaucoup écouter, tirer les leçons de ce que disait et faisait le DG, qui était capable de passer du détail à la vision globale. D’autre part, donner du sens me parait très important. Les équipes vous suivent parce qu’elles en ont envie, parce qu’elles comprennent où vous voulez aller et ce que vous attendez.

humanites conf guibert thierry 15jan20 3
LE CYCLE DE CONFERENCES HUMANITES
Ce cycle de conférences, porté par Michel-Edouard Leclerc, a été initié en janvier 2019. C’est le second volet d’un dispositif pédagogique global dont le premier est un cours fondamental consacré aux Humanités et dispensé à l’ensemble des étudiants de première année du Programme Grande Ecole en s’appuyant sur les sciences humaines comme la sociologie, la psychologie, l’ethnographie, l’économie… La thématique du cours porte cette année sur l’argent, analysé sous différents angles. En complément, l’objectif des conférences est de faire réfléchir les étudiants sur l’utilité sociale des entreprises et sur le rôle qu’ils exerceront dans la société en tant que futurs dirigeants et managers.
En 2019, l’Ecole a accueilli Emmanuel Faber, PDG de Danone, Louis GALLOIS, Président du Conseil de surveillance de PSA Peugeot Citroën, Jean-Paul AGON, PDG de l'Oréal, et Thomas GOMART, Directeur de l'Institut français des relations internationales (IFRI). Michel-Edouard Leclerc s’est également prêté à l’exercice en tant que dirigeant d’entreprise.
Pour le premier trimestre 2020, après Thierry Guibert, DG Maus Frères (marques Lacoste, Gant, Aigle, Tecnifibre, The Kooples), NEOMA recevra Jean-François Julliard, Directeur général de Greenpeace France, Jean-Baptiste Santoul, Directeur général de Ferrero France, Henri Giscard d’Estaing, PDG du Club Med, et Rony Brauman, Ancien président de Médecins sans Frontières.